Sud Ouest : « Trop d’aluminium dans nos vaccins ? »

Santé : trop d’aluminium dans nos vaccins ?

5 novembre 2012

L’association d’entraide aux malades de myofasciite s’alarme de l’inertie des pouvoirs publics et de l’abandon des recherches sur les dangers des sels d’aluminium. Ce sont souvent les adjuvants qui créent ces problèmes de réactions anormales aux vaccins.

La lettre a été envoyée le 17 octobre dernier. Elle attend toujours la réponse de Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Voilà pourquoi Didier Lambert, président de E3M, l’Association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages, est furieux. Cette maladie très invalidante – elle touche environ 600 personnes -, qui se caractérise par une fatigue chronique, une faiblesse musculaire et des troubles neurocognitifs, est associée à la persistance pathologique de l’hydroxyde d’aluminium utilisé dans certains vaccins.

Pathologie découverte en 1998

L’hydroxyde d’aluminium est un produit utilisé depuis 1923. Il a remplacé comme adjuvant dans les vaccins le phosphate de calcium (constituant naturel de l’organisme, qui crée donc moins d’effets indésirables) au début des années 1990. L’aluminium entre dans la composition des principaux vaccins : diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, polio, hépatite A, méningite.

Le professeur Louis Lery, ancien chef des vaccinations à l’Institut Pasteur de Lyon, estime que si on veut déclencher une allergie chez des animaux pour une expérience médicale, il suffit de rajouter des sels d’aluminium. Les adjuvants permettent de mieux stimuler la réponse immunitaire des patients. Le problème est qu’il reste dans les cellules et continue de stimuler le système immunitaire. L’aluminium peut entraîner la formation de granulomes (petites tumeurs), de nodules (lésions cutanées), au point d’injection dans les mois qui suivent la vaccination.

C’est en août 1998 que le professeur Romain Gherardi et son équipe annoncent dans « The Lancet » la découverte d’une nouvelle pathologie musculaire inflammatoire d’origine inconnue baptisée myofasciite à macrophages (MFM), qui touche des hommes et des femmes de tous âges. Les biopsies pratiquées sur les 25 malades diagnostiqués à l’époque révèlent la présence d’une concentration anormale de cellules immunitaires, les macrophages, dans les muscles.

La présence d’inclusions cristallines dans les macrophages mise au jour par les travaux du centre de myopathie de Bordeaux lance les chercheurs sur l’établissement d’un lien entre ces cristaux d’aluminium et la virulence de la réponse immunitaire, la réaction inflammatoire ayant été localisée dans le muscle de l’épaule.

Dans cette lettre, Didier Lambert rappelle les termes du rapport de l’Institut national de veille sanitaire (INVS) de 2003 : « De nombreuses études montrent à présent que l’aluminium peut être toxique pour les plantes, les animaux et l’homme. » Et il ajoute : « L’Académie de médecine admet maintenant (juin 2012) que les sels d’aluminium injectés dans l’organisme atteignent le cerveau. »

Or l’unité Inserm de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, qui travaille sur « vaccins et sels d’aluminium », est privée de financement (lire ci-dessous l’interview du professeur Romain Gherardi).

« Nous avons les preuves, avance Didier Lambert, que le refus de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) de financer les travaux de l’équipe du professeur Gherardi n’a aucune justification scientifique. »

« Une décision inique »

Pour étayer son propos, le président d’E3M a remis un dossier intitulé « les preuves d’une décision inique » à plusieurs personnalités politiques. Ce dossier fournit une liste de courriers : une lettre du 6 septembre 2012 du directeur de l’ANSM, assurant au professeur Romain Gherardi « Votre projet n’a pas été classé en rang favorable » ; puis l’évaluation des experts envoyée par l’ANSM le 3 octobre 2012. Le premier expert estime que c’est un « bon dossier de financement proposé » et explique : « Je considère au nom de la société civile et des patients qu’il faut aller au bout du bout pour lever les doutes. Les enquêtes INVS/Afssaps ne les ont pas levés aux yeux de ceux qui craignent. »

Le deuxième expert confirme : « Très bon dossier. Devrait être financé. » Et avance : « Projet scientifiquement important du fait de la présence de l’aluminium dans les produits de santé. » Enfin, le jury, après l’évaluation des experts, le classe « acceptable » en commentant : « Le rapport entre macrophagic myofasciitis et des adjuvants reste à démontrer. »

Didier Lambert ne manque pas d’avancer certaines incohérences : « L’avis du jury s’éloigne notablement de l’analyse des experts. L’avis synthétique transmis par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) le 6 septembre n’a rien à voir avec l’avis des experts ayant évalué le dossier de recherche. »

Le Nobel « enrage »

Si on peut donc s’étonner de l’attitude de l’ANSM (qui vient de changer de nom et de président), le manque d’engagement derrière le projet des chercheurs de l’hôpital Henri-Mondor explique aussi que l’association E3M sonne l’alerte.

Elle s’appuie sur de nombreuses déclarations dénonçant la toxicité de l’aluminium. Le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine, a reconnu au micro de RCF le 2 mai 2012 : « Ce sont souvent les adjuvants qui créent ces problèmes de réactions anormales aux vaccins. J’enrage de voir que ce problème est totalement nié pour des intérêts pharmaceutiques, des intérêts politiques. »

Le président de E3M n’est pas le seul à se préoccuper de la question. La députée européenne Michèle Rivasi (qui tiendra une conférence de presse à Paris le 12 novembre), qui, depuis l’apparition il y a dix ans du syndrome de la guerre du Golfe, s’intéresse de près à l’incidence des vaccins sur le développement de la myofasciite, va interpeller les agences et le ministère de la Santé. Elle témoigne que, depuis dix ans, les pouvoirs publics mettent sciemment des bâtons dans les roues de l’équipe du professeur Gherardi. « Ce n’est pas la première fois, remarque-t-elle, que l’État est en situation de collusion avec les intérêts des grands laboratoires pharmaceutiques et privilégie leurs intérêts économiques plutôt que l’intérêt sanitaire du pays. Un des grands fabricants de vaccins en France reste Sanofi, qui a effectivement de nombreuses questions économiques à résoudre ces temps-ci. »

Sanofi Pasteur protège chaque année dans le monde plus de 500 millions de personnes contre des maladies infectieuses. Et investit plus de 1 million d’euros par jour dans la recherche et le développement. Actuellement, 13 vaccins sont en cours de développement ou en instance d’approbation. Et Michèle Rivasi de surenchérir : « Il est temps que cette loi sur les lanceurs d’alerte soit votée. Sinon, chaque chercheur qui met en avant un problème risque de se retrouver attaqué par les lobbies en retour. »

Quant à M. Lambert, il se méfie de l’hystérie qui entoure la moindre discussion concernant la vaccination. Sa demande est claire : la suppression des sels d’aluminium, pas celle de la vaccination.

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« L’Agence de sécurité du médicament se déjuge »

Le professeur Gherardi supporte depuis dix ans des bâtons dans les roues de sa recherche.

« Sud Ouest ». Votre unité Inserm de l’hôpital Mondor est à la pointe de la recherche dans le domaine des sels d’aluminium injectés dans l’organisme. Or l’ANSM (1) vient de retoquer deux de vos projets de recherche, contre les attendus des experts. Comment réagissez-vous ?

Romain Gherardi. Je suis très en colère, parce que cela fait dix ans que nous travaillons sur le sujet et sans un centime. Nous avons fonctionné sur la dotation récurrente du labo, un peu d’argent pris sur d’autres projets et ce que nous a versé une association de patients, E 3M. De plus, j’ai appris que l’ANSM ne voulait pas que nous puissions concourir lors du prochain appel d’offres concernant notre recherche, parce que j’étais tellement impliqué intellectuellement que je me trouvais quasiment en position de conflit. Je trouve la ficelle un peu grosse.

Qu’est-ce qui vous paraît incompréhensible ?

L’ANSM se déjuge elle-même. Elle n’agit pas pour le retrait de l’aluminium des vaccins alors qu’elle le préconise pour la cosmétique.

Pourquoi les sels d’aluminium vous paraissent-ils si dangereux ?

C’est le deuxième métal le plus présent dans notre environnement. Or, depuis toujours, les êtres vivants, du plus petit organisme cellulaire à l’homme, ont installé un système de barrière contre l’aluminium pour l’empêcher de se disséminer dans le corps. Quand les sels d’aluminium arrivent à pénétrer dans le cerveau, ils n’en ressortent pas. Nous risquons de développer une intolérance à l’aluminium, d’autant qu’il peut s’opérer un cumul via d’autres sources que les vaccins, par exemple le dentifrice, les cosmétiques, l’eau de boisson.

Chez les personnes atteintes de myofasciite, soupçonnez-vous l’impact d’autres éléments que les sels d’aluminium ?

Nous avons tous été vaccinés. Or nous ne sommes pas tous malades. On peut donc soupçonner une sensibilité de nature génétique. D’autant que nous avons pu constater que les cellules macrophages qui se déclenchent pour capter les sels d’aluminium sont capables de se mettre en position d’immortalité tant qu’elles n’ont pas fini le travail, que les sels ne sont pas dissous. Or certains gènes seraient responsables de la déficience de la cellule à assumer son travail de nettoyage.

Il suffirait de changer les adjuvants des vaccins pour régler le problème. En dispose-t-on ?

Jusqu’en 1987, les vaccins de l’Institut Pasteur étaient adjuvantés sur du phosphate de calcium, qui ne présente pas la toxicité de l’aluminium et dont l’utilisation ne génère aucune polémique.

À quoi attribuez-vous la lenteur des décisions dans cette affaire ?

Je m’en tiens aux faits. Mais je crains qu’il s’agisse d’un problème économique et qu’on attende que les adjuvants soient prêts pour montrer que l’on résout le problème sans remettre en cause la stratégie économique des laboratoires pharmaceutiques.

Par Hélène Rouquette-Valeins

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